lundi 1 février 2016

Une chimère

Jacob Riis (1849-1914)
Elle est assise. En vie encore.
Les mains brunies en métal fondu.
Un visage d'homme elle a, sur un corps de femme.
Un visage de pauvre elle a, sur une vieille robe.

Des mains déformées.
La crasse derrière, la poussière aussi,
une femme qui a vécu de peinture au plomb.
Tout doux, tout sucré, les écailles qui fondent dans la bouche.

Un corps de femme ? Un corps plombé.
Un corps sur une chaise comme un sac.
Un corps de pauvre prêt à mourir.
Le couvercle du cercueil déjà là, posé là. Contre le mur.

On lui fait signe.

Elle ne répond rien. Elle ne comprend pas ce qu'on lui crie.

Posé debout, le couvercle.
De l'autre côté du corps, une tache sur le mur.
Elle a fermé les yeux, elle s'endort,
Elle essaie de ne pas tomber.

L'homme pressé lui fait signe,
mais elle ne voit plus rien, il se cache.
Sa respiration se calme,
elle dénoue ses mains.

Une autre main, une main d'homme,
une main qui veut du bien,
une main qui hypnotise,
une main qui tient une aiguille, du fil,
l'aiguille, le fil qu'elle a laissés tomber.
Jeteur de sorts.

Elle, entier sommeil,
Lui, montreur d'ombre,
lui, dérobeur de nuit.

Il attend pour la coudre dans son linceul.
Pressé, trop pressé.

Et elle, la transpercée,
Sauvage reste.
Indomptée.

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